La Loi sur la laïcité de l’Etat (LLE), adoptée aujourd’hui à une majorité de 55% des voix exprimées, viole abusivement des droits fondamentaux, laisse une forte marge d’arbitraire au Conseil d’Etat, inclut des dispositions bien peu «laïques» comme l’extension de la «contribution ecclésiastique»… tout ceci sur fond d’argumentations islamophobes détestables. Après plus de six mois d’une campagne intensive, les membres de la coordination référendaire prennent acte de ce résultat et s’engagent à continuer leur combat pour une Genève ouverte et multiculturelle.

L’esprit de Genève trahi
En effet, d’un côté, celui du NON à cette loi, il y avait la Genève de l’ouverture, de la diversité, du dialogue, de la tolérance et du débat… une Genève ayant suffisamment de confiance en elle-même et de force pour s’ouvrir sur les autres et sur le monde, une Genève capable de couper vraiment le cordon ombilical qui la relie avec ses églises « historiques », une Genève qui trouve intolérable que dans ses murs on viole la lettre et l’esprit de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui n’accepte plus que les femmes subissent des diktats extérieurs et qui ne pensent pas que les droits et les libertés de ceux qui travaillent pour la collectivité ne comptent pour rien… C’est la Genève de James-Fazy qui avait compris en son temps qu’il fallait raser les murs, qui défendaient certes, mais qui étranglaient aussi gravement notre cité, si on voulait faire un pas en avant radical en matière de démocratie et d’égalité. C’est cela le camp du quadruple référendum, syndical, féministe, laïque et de défense des droits fondamentaux qui a essuyé un revers aujourd’hui.

Un oui rétrograde
Car aujourd’hui ceux qui triomphent ce sont incontestablement les partisans de la Genève de la peur de l’autre, la Genève qui a brûlé l’humaniste espagnol qu’était Michel Servet pour faire aussi bien (ou plutôt mal) que l’Inquisition, la Genève de ceux qui, trahissant la révolution fazyste, ont fait leur beurre politique en confisquant leurs églises aux catholiques prétendument dangereux, comme le seraient les musulmans aujourd’hui… C’est la Genève d’un Pierre Maudet en faillite politique et morale qui a levé le drapeau de l’islamophobie et du ralliement de toutes les forces de la vieille Genève à un projet trompeur et rétrograde. Mais si ce camp a gagné aujourd’hui, ce n’est que temporaire. En effet, aucune des questions controversées figurant dans la loi n’est réglée aujourd’hui.

Les quartiers populaires disent NON
De multiples recours en justice sont pendants, des propositions législatives nouvelles sont sur la table aussi… mais surtout si la LLE a passé à quelques 55 contre 45, c’est un pas en avant significatif par rapport au vote du parlement à 75 contre 25… Le NON populaire fait bien mieux que le NON parlementaire. La dimension populaire du NON à la LLE se vérifie également sur la carte des résultats. On y voit des quartiers populaires fortement opposés à loi, à l’instar des quartiers multiculturels de la Jonction (60%), de Prairie-Délices (57%), des Acacias (55%), des Avanchets (56%) et des Pâquis (54%), tandis que les quartiers ou communes bourgeoises et où la diversité culturelle est faible ont fortement plébiscité la loi. A ce titre on peut citer Cologny (71%), Collonges-Bellerive (69%), Conches (70%), Florissant-Malagnou (66%) et Champel (63%). De leur côté, les communes rurales ont plus timidement soutenu la loi.

Les syndicats se tiennent prêts
De son côté, le syndicat SIT regrette ce résultat et se montre inquiet pour les conditions de travail des personnes croyantes dans la fonction publique et les secteurs subventionnés, spécialement pour les femmes musulmanes voilées particulièrement visée dans cette loi. En tant que syndicat, le SIT sera disponible pour toutes les personnes se trouvant dans des conditions de travail difficiles à cause de cette loi.

Le combat continue
Et, au-delà des chiffres, c’est un mouvement qui s’est mis en marche, des très nombreuses personnes, des jeunes surtout ont goûté à l’engagement citoyen et démocratique : ont débattu, ont agi, ont compris qu’ils pouvaient changer les choses… La coordination référendaire salue cet engagement et ses animateurs-trices contribueront à ce que cette mobilisation ne soit pas sans lendemain. Nous lancerons sous peu une association pour une laïcité démocratique pour mener jusqu’au bout la bataille d’idées engagées par ces référendums dans le sens de l’égalité et de la démocratie.

Dans un an, le 10 février 2020, nous tiendrons des assises pour faire le point sur la situation et l’état de cette mobilisation qui va se poursuivre.